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Le rejet de mon pays d'origine
Combien de fois m'a-t-on posé la question : «ah très bien, tu as été adoptée, es-tu déjà retournée dans ton pays ? » Comme si c'était naturel de retourner dans son pays pour connaître ses origines. Une autre fois, j'ai osé révéler que je reniais la Corée et alors là, cela a été le tollé général. Je me suis fait entendre dire « mais comment peux-tu rejeter tes racines ?». Bien évidemment, après une telle remarque, je me suis tue, me suis autocensurée et ai changé de sujet. Dans mon cas, ce n'est pas aussi naturel de retourner dans mon pays. C'est plus compliqué que cela en a l'air. Mon rejet de la Corée vient d'une des phrases cultes de ma mère adoptive : "C'est fini avec la Corée, vous êtes maintenant en France". Cette phrase a été prononcée trois semaines après mon arrivée en France, peu de temps avant la rentrée scolaire. Lorsque j'abordais de temps à autres mes souvenirs de Corée et faisais donc la comparaison entre la France et la Corée, ma mère et ma sœur, qui avait déjà pris le discours de cette dernière, me faisaient taire. Tous les souvenirs de mon pays d'origine ont été enfouis au fin fond de ma mémoire. C'est seulement depuis un an que je me questionne sur ce rejet, depuis que je suis une thérapie. Je ne voulais même pas entendre parler de la Corée et puis, j'allais voir la psy pour l'inceste et en aucun cas, pour mon histoire d'adoption. C'est la psy qui m'a fait comprendre que je devais régler mes problèmes liés à ma petite enfance et que je ne pouvais pas effacer une vie de 8 ans passés en Corée. Je n'ai fréquenté aucune association de parents adoptifs et ai toujours baigné dans la culture française. Les seuls asiatiques de mon entourage ne sont que mon frère et ma soeur. Je me sens oppressée lorsque je me trouve entourée de plusieurs asiatiques. Je cherche des réponses à cette oppression. Ma devise est « courage, fuyons ! ». Je pense que les visages asiatiques me rappellent inconsciemment mon passé tragique en Corée. Le fait d'être confronté à tous ces visages me replongent dans un passé lointain que je situe à des années lumières. Pour ma famille adoptive, je devais faire le deuil de mon passé en Corée. Comment peut-on faire le deuil d'un passé de 8 ans ? Pire encore, ma sœur devait préparer une rédaction en français et inventer une histoire. Ma mère lui a dit littéralement «tu n'as qu'à raconter que tu es née dans le ventre d'un avion ! ». Je précise que ma sœur est arrivée à l'âge de 12 ans. Comment peut-on sortir une telle ineptie à un enfant ? Comment peut-on enterrer 12 ans d'une vie ? Pour moi, ma mère adoptive a détruit mes racines coréennes. Mon éducation française a été basée sur l'abandon de ma culture d'origine, comme si mon cerveau avait lobotomisé ma partie coréenne. Par exemple, je n'ai jamais été dîner dans un restaurant coréen. Je n'ai été dans 13ème à Paris qu'une seule fois de ma vie et encore c'était pour accompagner une amie. Je suis incapable d'aller en vacances dans un pays asiatique, quoique le Japon m'attirerait. Un autre exemple : il y a un philippin à mon travail qui vit en France depuis plus de 20 ans. Je lui ai pourtant expliqué que j'étais une enfant adoptée. Une fois, je l'ai croisé dans l'ascenseur et il m'a demandé ce que j'avais acheté pour déjeuner. Je lui ai répondu que j'avais été acheter un plat français (bien sûr). Il me rétorqua alors « tu sais, il y a un restaurant là-bas où ils font du bon riz ! ». Je me suis dit au fond de moi-même, mais il n'a rien compris ? Il comprend le français, mais il parle charabia, alors nous parlons en anglais. Une autre fois, il m'a raconté un différend qu'il a eu avec un salarié. Je l'écoutais sagement et il me faisait comprendre que je devais prendre sa défense au nom de la solidarité asiatique. Je ne me sens pas solidaire de qui que ce soit !!!! Même mon ami qui est français a remarqué que les asiatiques ne m'aimaient pas. Je suis tombée par hasard sur une propriétaire d'origine cambodgienne. J'ai senti qu'elle ne m'aimait pas, parce que j'étais trop française. Je me suis rapprochée de Paris et la première réflexion que j'ai faite à mon ami a été "mais, il y a trop d'asiatiques dans cette ville". Je pourrais écrire un roman, rien que pour les anecdotes de ce genre. Peut-être est-ce tout simplement un blocage psychique ? Ma résolution 2008 serait d'être capable d'aller toute seule à un repas de l'association "Racines Coréennes". Le rejet se fait également par la nourriture asiatique. Je ne digère ni les sauces à base de soja, ni les sauces piquantes. Ma belle-famille croyait que je cuisinais asiatique, alors que l'idée même ne m'a pas effleuré l'esprit. D'ailleurs, les gens ne comprennent pas que je ne m'intéresse pas à la cuisine asiatique. Je me dis vraiment qu'ils ne comprennent rien. Je préfère de toute façon la cuisine française et chez moi, je ne cuisine qu'exclusivement français. Comme dit ma psy, c'est très compliqué. Je ne rejette pas à 100 % ma partie asiatique, puisque j'ai une amie vietnamienne. Même ma psy me dit « mais pourquoi, vous n'allez pas simplement dans un restaurant coréen pour discuter avec des vrais coréens ». Je lui réponds « pour quoi faire ? Je ne me sens pas proche des coréens !! ». Je suis solidaire des enfants adoptés, mais pas du peuple coréen. J'en veux personnellement à la Corée de m'avoir abandonnée. Pour moi, j'ai été éjectée d'un pays connu pour être parachutée dans un pays inconnu. J'ai toujours eu ce sentiment au fond de mon coeur sans jamais me l'avouer et l'exprimer ouvertement. Lorsque je dis que ce pays m'a abandonné, j'y inclus bien entendu ma famille coréenne. Lorsque je clame haut et fort que j'en veux à la Corée de m'avoir abandonnée, j'en veux à tout un système socio-culturel-politico-éducatif qui favorisait les abandons plutôt que le placement dans des familles d'accueil. Il paraît que les coréens n'adoptent que très rarement car ils pensent qu'il est important d'avoir la même parenté, le même sang... Si un jour je parviens à poser mon pied sur le sol coréen, c'est que j'accepterai un peu ma coréanité, même si je sais très bien que je me sentirais étrangère dans ce pays.Aujourd'hui, je tente tant bien que mal de recouvrer une part de ma coréanité perdue. Article ajouté le 2007-12-02 , consulté 95 fois CommentairesLiensVoir les articles de la catégorie " La Corée et moi au présent "Retour aux articles |
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