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C., le 6 mars 2007,
Madame, Monsieur,
Je souhaite par la présente vous faire connaître ma position sur l'impunité de l'inceste.
J'ai été victime d'inceste par mon grand-père maternel de 11 à 14 ans. A 14 ans et demi, j'ai eu ce courage incommensurable de le dénoncer. Il a avoué le crime et pourtant ma famille ne m'a pas crue. Elle est toujours dans le déni…
Mon bourreau est décédé l'année dernière. Mes maux n'ont cependant pas cessé !!
Je n'ai jamais oublié ce qu'il m'a fait et ne parviens toujours pas à faire le deuil de mes douleurs. Il a brisé mon enfance et violé mon adolescence à tout jamais ! Je tente de me reconstruire, de survivre, de dépasser ces maux, mais rien n'enlève ce crime odieux, qui est marqué comme une empreinte indélébile qui ne s'effacera jamais.
J'ai porté plainte contre lui à titre posthume. J'attends la réponse « classée sans suite » du Procureur de la République.
J'ai aujourd'hui 31 ans et gardé le SILENCE pendant 16 ans. Je suis sortie de ce lourd silence grâce à une amie qui m'a annoncé qu'elle avait été violée à l'âge de 17 ans. C'est la première personne qui m'a enfin dit que je n'étais en aucun cas coupable, mais bien VICTIME d'un pervers sexuel.
J'ai dû lire trois livres de victimes d'inceste pour me convaincre que j'étais VICTIME et non COUPABLE.
Après 16 ans de silence inextricable, j'ai décidé depuis cette année de me prendre en main. Je participe à un groupe de paroles pour victimes d'inceste et suis une thérapie depuis un mois.
Par la présente, je souhaite exprimer ma révolte contre une société qui ne veut pas reconnaître que l'inceste est un sujet tabou. Je n'ai plus envie de me taire et me soulage en vous écrivant.
Pour les victimes de l'inceste, il y a des répercussions dans tous les domaines de leur vie. Jusqu'à présent, je n'ai entendu aucune réelle volonté politique de prendre en charge ce fléau. Alors que comptez-vous faire à l'heure des présidentielles pour nous victimes d'inceste ?
Je soutiens le combat de toutes les associations de victimes d'inceste pour que ce crime dénommé « inceste » fasse l'objet d'un article spécifique dans le Code Pénal, car ce qui est interdit doit être nommé. Ce vide juridique laisse toujours plus de criminels impunis et en liberté.
Je milite également pour que ce crime sur enfants mineurs soit imprescriptible, afin que les victimes puissent porter plainte même des années plus tard, afin de protéger d'autres enfants des agresseurs qui on le sait peuvent faire des dizaines de victimes au cours de leur « carrière » d'agresseur sexuel.
Cette endémie ravage des milliers d'enfants dans le monde entier, sous le sceau du secret, avec la complicité active ou passive de leur entourage. Des témoignages anonymes sont publiés chaque jour sur les sites des associations de victimes.
A l'heure où je vous écris, une victime subit et n'ose pas parler….ou parlera des années plus tard.
Au nom de toutes les victimes, de nos enfants, de vos enfants, je vous conjure de faire avancer la loi.
Je vous remercie par avance de me lire, et vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'assurance de ma considération respectueuse. |