Pourquoi suis-je obligée de me cacher malgré moi ?
En ce moment, je lis "l'inceste, de l'autre côté du miroir" de Mary Odile.
Je l'emmène dans le métro, mais je me suis moi-même surprise à retourner le livre et à cacher le titre pour que les gens ne voient pas ce que je lis.
L'autre jour, je faisais un bout de chemin avec ma collègue et on parlait de livres que nous lisions. Elle qui est beaucoup dans le paraître lit beaucoup les derniers ouvrages sortis notamment le dernier de Yasmina Reza sur notre Sarkozy national. Elle m'a demandé ce que je lisais, je ne pouvais pas lui dire que je lisais des ouvrages sur l'inceste. Je lui ai répondu que j'étais très ancrée dans la psychologie ces derniers temps. Qu'aurait-elle pensé ?
J'ai discuté récemment avec une victime qui m'a révélé qu'il avait parlé de l'inceste à son travail. Il était en dépression et s'est confié à une personne. Il a osé parler de l'inceste qu'il avait subi. Il a aussitôt été convoqué par son supérieur qui l'a licencié comme du bétail.
J'étais scandalisée lorsqu'il m'a raconté cet anedocte.
Je dis toujours que la réalité dépasse la fiction. Pourquoi les gens préfèrent-ils rester aveugles plutôt que d'ouvrir les yeux sur le monde ?
S'ils acceptaient déjà que cela existe bel et bien, nous ne serions pas obligés de nous cacher, de vivre dans le mensonge ?
J'ai souvent lancé des indices à mon ami lors de nos disputes et lui à plusieurs reprises rétorqué que ma vie était un pur mensonge et qu'il ne pouvait pas me faire plus mal que tout ce que j'avais déjà subi.
Etat d'âme du 29 octobre 2007
L'autre jour, je discutais avec ma collègue sur l'éducation de sa fille de 16 ans. Elle est toujours après elle pour les devoirs alors qu'elle est en seconde. Je lui ai fait remarquer qu'elle est peut-être un peu trop après elle. Une stagiaire allemande a raconté que sa mère se comportait de la même façon et qu'elle ne supportait pas. A l'âge de 17 ans, elle est venue faire ses études en France et depuis l'éloignement, elle s'entend beaucoup mieux avec sa mère. Je ne sais pas pourquoi je me suis immiscée dans la conversation et j'ai dit que ma mère était trop autoritaire et très contradictoire et qu'il fallait qu'un enfant ait des repères et en aucun cas une mère contradictoire. J'ai alors retourné ma langue trois fois dans ma bouche et me suis ensuite tue. J'en avais trop dit.
Je me suis à nouveau rendu compte que je devais me taire et que ce n'était pas le lieu pour raconter mon enfance. On sentait d'ailleurs mon amertume dans ma voix.
Une fois aussi, j'ai raconté à une collègue très humaine que je ne voyais plus mes parents. Je me suis immédiatement dit qu'elle va croire que je suis une fille ingrate, d'autant que je suis une enfant adoptée. Elle doit se douter de quelque chose. Je regrette encore de lui en avoir parlé.
Lorsque je racontais des bribes de ma vie, j'avais de toute façon l'impression qu'ils ne me croyaient pas. Alors je me suis fait une raison de m'obliger à me taire sur des sujets sensibles, comme la famille, Noël.
Etat d'âme du 11 novembre 2007
En relatant des bribes de ma vie, je n'ai pas peur tant d'agresser les autres, mais plutôt du jugement qu'ils peuvent avoir de moi. Dans ma famille, on m'a toujours jugée, jugée coupable, mauvaise, faiseuse d'histoire, nulle, sournoise, gauche.... Alors oui, je confesse. J'ai toujours peur qu'on me juge par rapport aux peu d'anecdotes que je veux bien raconter, par rapport au fait que je parle de ma mère en négatif, d'autant que je suis une enfant adoptée, qu'on me prenne pour une fille ingrate. J'ai aussi peur de susciter de la pitié, or rien que l'idée de penser qu'on ait pitié de moi me dégoûte. Je cache derrière cette carapace, une façade qui me va si bien. Je sais si bien faire bonne figure et faire semblant. Cela me colle à la peau. Je vis toujours dans le mensonge aux yeux de la société. Pourquoi ne pourrait-on pas dire simplement qu'on a subi l'inceste sans qu'on nous considère comme des pestiférés ? C'est comme si on avait une maladie honteuse comme le sida ?
C'est encore ma minute de révolte.
Etat d'âme du 15 novembre 2007
Dans la pitié, il y a le mépris. Avoir de la pitié pour une personne implique qu'on la sent incapable de s'en sortir toute seule. La pitié fait souvent sentir l'autre comme inférieur.
Dans la pitié, on voit la souffrance de l'autre, on en a peur, on peut en souffrir soi-même". C'est pourquoi, la pitité me fait horreur. J'ai peur de choquer, d'agresser ou susciter la pitié ou encore j'ai peur que les autres ne me croient pas ou que j'en rajoute. Lorsque je commence à parler de moi et Dieu sait que je déteste parler de moi en société, je m'arrête net avant qu'on sente de l'amertume dans ma voix.
J'ai encore des exemples en rapport avec le sujet. L'autre jour, au travail, une collègue parlait du vieux film Lolita qu'elle avait vu sur Arte. J'ai dit que c'était l'histoire d'une relation incestueuse entre une enfant de 15 ans et un adulte proche de l'entourage. La majorité ne semblait pas être d'accord avec moi. Pour le commun des mortels, l'inceste se limite à la famille et non à l'entourage proche de la victime.
Je suis actuellement en train de créer mon blog et je sais déjà que je ne pourrais pas le montrer à tout le monde. C'est une sorte de journal intime où j'y répertorie toutes mes états d'âmes, mes réflexions, mes témoignages, mes poèmes, mes cris de révolte....C'est le cri de révolte d'une enfant adoptée survivante de maltraitances.
Même si je fais beaucoup de choses pour m'en sortir, il n'empêche que je suis obligée de me cacher malgré moi.
Etat d'âme du 1er décembre 2007
Article ajouté le 2007-11-26 , consulté 85 foisCommentaires
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