L'audition au commissariat
Je ne m'attendais à aucune réponse surtout quatre mois plus tard, si ce n'est à une réponse classée sans suite et encore moins à une convocation au commissariat. J'avais porté plainte contre une personne décédée ! J'avais écrit pour me soulager, pour crier ma révolte contre la prescription.
J'ai été convoquée le 21 juin 2007 au commissariat de mon domicile. Comme par hasard, je ne pouvais pas m'y rendre ce jour-là.
J'ai appelé le comissariat pour reporter la date au 28 juin prochain et pour recueillir des précisions sur l'objet de cette convocation. J'ai joué le rôle de la bécasse qui n'y connaissait rien, chose que je sais très bien faire.
En même temps, ce serait la première fois que je mettrai les pieds dans un bureau de commissariat. Ca me fait un peu peur également.
Je suis tombée, je pense, sur la secrétaire du lieutenant qui m'a prise pour une simplette. Je lui ai expliqué que j'avais porté plainte contre un mort et que je ne m'attendais à aucune réponse et surtout pas à une convocation. Elle m'a répondu qu'il y avait peut-être d'autres éléments dans la plainte, à moins de porter plainte contre mes parents ou le médecin de famille, je ne vois pas....A l'époque, j'étais tellement révoltée qu'écrire m'a profondément soulagée !!
Je connais une victime qui a également porté plainte contre un mort. Elle a reçu un courrier préalable du Procureur doublé d'une convocation et suite à l'audition au commissariat, elle a reçu un courrier du Procureur dans lequel il lui a fait savoir que l'action publique était éteinte.
J'avais un peu peur de me confronter à un lieutenant (le fait que ce soit une femme me rassure !) qui va me poser des questions que personne de ma famille ne m'a posées jusqu'à présent ou n'a osé me poser.
La peur est à nouveau revenue.
J'ai donc été auditionnée comme prévu le 28 juin au matin pendant presque 2 heures. J'en ai cauchemardé la veille. Une amie m'a accompagnée pour me rassurer, mais l'appréhension était présente.
La femme lieutenant n'était pas très affable au début et à mesure qu'elle me posait des questions, je me suis sentie plus à l'aise, bien qu'à un moment, j'ai bien failli pleurer. Enfin, vous savez, les souvenirs à rabâcher alors que je les avais déjà écrit au Procureur !! Le lieutenant a passé 6 ans à la brigade des mineurs où elle traitait des cas de viols. Elle était effectivement de mon côté.
Au début, elle m'a demandé à quoi je m'attendais en déposant plainte. Je lui explique que j'ai déposé plainte contre un mort et qu'en conséquence, je ne m'attendais à rien et surtout à pas à une convocation. Elle me répond que le Procureur répond toujours aux plaintes.
Elle m'explique que dans mon cas, l'action publique est bien entendu éteinte, du fait que mon bourreau est décédé, mais que la responsabilité de l'entourage est évidente. Le Procureur a demandé de faire préciser les adresses de chaque personne de mon entourage dont le médecin de famille de l'époque, si j'étais suivie par un psy et de me communiquer le nom d'une association gratuite. Le lieutenant m'a indiqué que si la demande avait émané du Procureur de sa juridiction, elle aurait convoqué mes parents, mon frère, ma soeur et le médecin. Il est fort probable que dans mon cas, le Procureur convoque mon entourage et le médecin pour entendre leur version, mais qu'il sera maître de la décision finale. Je ne serais pas informée des convocations. Je ne serai simplement informée que de la décision finale du Procureur. S'il décide de donner une suite après les auditions, mon entourage et le médecin seront convoqués au tribunal. C'est le médecin qui encourt le plus de risques, car il avait une obligation professionnelle de dénoncer un crime contre un mineur de moins de 15 ans. Mes parents ou le médecin peuvent encourir une peine d'amende ou une peine de prison.
Le lieutenant m'a demandé ce que j'attendais de la suite. J'ai répondu que je n'en savais rien et que si le Procureur auditionnait mes parents, je souhaiterais simplement que ma mère reconnaisse que je n'étais ni coupable, ni responsable et que je n'étais qu'une enfant. En même temps, j'espère que le Procureur s'arrêtera aux auditions, car je n'ai pas envie que mes parents ou le médecin soient condamnés. Les conséquences me font trop peur et c'est vrai que lorsque j'ai écrit cette lettre, je n'en mesurais pas les conséquences légales.
Lors de l'audition, j'ai en outre mis en cause mon frère qui m'a une fois tenté de m'embrasser et m'a peloté les seins. J'ai réussi à le repousser. C'était après la dénonciation de mon agresseur. A l'époque, je ne lui en voulais pas et ai mis ses gestes sur le compte de la puberté.
Enfin, le lieutenant m'a rassuré en m'indiquant que la loi avance, car il semblerait qu'on parle d'imprescriptibilité des viols.
Voilà c'est lancé ! Il faut maintenant attendre plusieurs mois... La balle est dans le camp du Procureur...
Article ajouté le 2007-11-22 , consulté 121 foisCommentaires
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