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  • Mis à jour le 13-06-2008
  • Créé le 21-11-2007


Extrait de ma plainte contre un mort

C., le 12 février 2007,

Monsieur le Procureur de la République,

Par la présente, je porte plainte contre Monsieur X, domicilié....et décédé le ...

J'ai été victime d'inceste par ce grand-père maternel de 11 à 14 ans. Je porte plainte post mortem contre cet homme.

.... récit des faits....

Si je vous ai décrit tous les détails, c'est parce que je veux que vous vous rendiez compte à quel point le silence peut tuer une victime.

Je vous écris et pourtant, je sais très bien que ma plainte va être classée sans suite.

Je souhaite maintenant vous expliquer pourquoi je porte plainte contre un mort.

Je le sais, qu'il est mort et qu'il repose en paix auprès de sa tendre et bien aimée épouse. Tout le monde le sait, qu'il est mort. Il est mort. Mais moi je suis toujours vivante et ne repose pas en paix. Cette paix intérieure que je me tue à chercher, je ne l'ai toujours pas trouvée !! Mon mal est toujours là et peut-être jusqu'à ma mort ?

Lui, il a eu la vie qu'il voulait. Moi, je n'ai que 31 ans et je dois survivre malgré mes souffrances ! Vouloir que l'histoire s'achève parce qu'il est mort, c'est nier mon existence à moi. Qu'est-ce que vous voulez que ça me fasse qu'il soit mort ? Mes souffrances se sont décuplées depuis qu'il est mort et n'ont pas de fin…

Vous, la société, vous croyez que je vais oublier ce qu'il m'a fait et que je vais faire le deuil de mes douleurs ? C'est trop facile ! Il a brisé mon enfance et violé mon adolescence à tout jamais ! Je tente de me reconstruire, de survivre, de dépasser ces maux, mais rien n'enlève ce crime odieux, qui est marqué comme une empreinte indélébile qui ne s'effacera jamais.

Alors, non, je n'ai pas envie de me taire. Je crie, trépigne, hurle, exprime ma révolte contre une société qui ne veut pas reconnaître que l'inceste est un sujet tabou.

Oui, je sors de mon isoloir qui n'est autre que ce silence pesant et braille à tue-tête en vous écrivant. Car même si je sais que ma plainte sera classée sans suite, ça me soulage de m'exprimer.

Oui, je porte plainte pour crier. Je porte plainte pour dire que j'ai mal. Je porte aussi plainte pour me dire à moi-même que j'ai fait le choix de vivre. J'aurais pu choisir de mourir, mais j'ai choisi de vivre tant bien que mal. Je porte plainte pour que le nom de X soit fiché quelque part dans les archives poussiéreuses, pour laisser une trace.

Vous savez, si ma mère m'avait crue à l'époque, j'aurais probablement eu le courage de porter plainte contre mon bourreau.

Je sais au moins que vous prendrez cinq minutes précieuses de votre temps pour lire ma plainte. Peu m'importe qui lira ma lettre. L'essentiel, c'est qu'elle soit lue. C'est que quelqu'un, quelque part, prendra cinq minutes sur son temps pour ouvrir mon courrier, le lire, et me répondre. Ces cinq minutes, ce sont mes cinq minutes à moi. Mes cinq minutes pendant lesquelles ma souffrance existera aux yeux de la société puisque, symboliquement, la société a pris cinq minutes sur son temps pour s'occuper de mon dossier.

Certains diront que je salis la mémoire du mort, que j'encombre les tribunaux avec de la paperasse futile. Mais vous demandez-vous où se trouvaient tous ces gens pour me défendre moi, moi bien vivante et abusée par un vieux pervers ?

J'ai au moins le courage de mettre des mots sur les maux… et ose porter plainte contre un mort. Cela m'est complètement égal ce que vous pensez !

Je vous également écris pour vous demander que le mot « inceste » soit qualifié de crime spécifique dans le Code Pénal. Je soutiens le combat de toutes les associations de victimes d'inceste pour que ce crime, tabou fondateur de notre société, fasse l'objet d'un article spécifique dans le Code Pénal car ce qui est interdit doit être nommé. Je milite également pour que ce crime sur enfants mineurs soit imprescriptible, afin que les victimes puissent porter plainte même des années plus tard, afin de protéger d'autres enfants des agresseurs qui on le sait peuvent faire des dizaines de victimes au cours de leur « carrière » d'agresseur sexuel.

Je dénonce cette endémie qui ravage des milliers d'enfants dans le monde entier, sous le sceau du secret, avec la complicité active ou passive de leur entourage. Des témoignages anonymes sont publiés chaque jour sur les sites des associations de victimes.

A l'heure où je vous écris, une victime subit et n'ose pas parler….

Si vous avez des enfants, vous comprendrez certainement ma démarche.

Au nom des victimes, je vous conjure de faire avancer la loi.

Je vous remercie par avance de me lire, et vous prie d'agréer, Monsieur le Procureur de la République, l'assurance de ma considération respectueuse.

JE SUIS FIERE D'AVOIR PORTE PLAINTE CONTRE UN MORT !



Article ajouté le 2007-11-22 , consulté 105 fois

Commentaires


Meelou le 18/04/2008 à 00:25:55
Merci pour ton mot, helo1803.
Je n'ai toujours pas renoué avec ma mère qui n'a même pas été capable de prononcer le mot inceste.
Un jour ou l'autre, je devrai me confronter à elle. Pour l'heure, je ne suis toujours pas prête.
helo1803 site : blogdelsa@hotmail.com | le 20/03/2008 à 15:37:02
etre violée, c'est deja une chose, par son grand pere en est une autre, ne pas etre reconnue comme une victime en est encore une autre, etre reniee par sa propre mere est encore pire que tout le reste, je compatis a la douleur que ca doit faire
Meelou le 20/01/2008 à 12:28:09
Merci Natacha pour ton message. Je suis définitivement une victime non reconnue par la société. Mais cela ne m'empêche pas de continuer mes combats pour les futurs enfants. Bon courage à toi également.
natacha le 09/01/2008 à 09:14:35
J'ai pris les 5min. pour lire ta plainte contre un mort et je t'assure que je mes pensées seront plus longues que ces 5min. de lecture. Quel lettre, un seul mot BRAVO, tu as eu le courage de t'exprimer et continue ton combat,même si tu as l'impression que les choses n'ont pas avancées pour toi, pour d'autres ça les fera bouger et surtout réfléchir, car dans toutes ces histoires noires les coupables c'est jamais leur fautes et franchement c'est le moment de faire avancer les choses, il faut en parler et surtout surtout ne pas culpabiliser, ton histoire tu vas la traîner toute ta vie, personne de ta famille ne c'est inquiété de tes blessures, moi aussi j'ai des blessures et comme toi je dois pas me plaindre et m'estimer heureuse d'être en vie, maintenant j'estime qu'il faut ARRETER et il y en a marre de cette génération SECRET DE FAMILLE, l'important pour tout ces gens c'est que tout soit bien propret dans leur vie qu'il aie leur fille qui soit mal à crever, peu importe pourvu que les voisins ne soit pas au courant et eux finalement je me demande s'ils se sentent concernés, car quoi que tu fasses tu fera toujours tout faut. Moi aussi c'est mon cri de révolte, continue ta bataille, elle t'appartient et mes pensées s'envolent vers toi, courage. Nat

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